Davidson : « Je compte marquer mon époque »

En 2014, nous rencontrions la MZ  à Radio Campus Grenoble, de passage dans la ville à l’occasion d’une séance dédicace dans une chicha. Lointaine époque : le grand public découvrait Lune de Fiel, Zoxea & Melopheelo chapeautaient encore le groupe, et le chemin était encore long avant le premier album. Depuis, le trio de Chevaleret a vécu une tournée nationale, un échec commercial, un disque d’or, un troisième album avorté et une séparation.

Cela faisait longtemps que nous souhaitions interviewer Davidson manager, producteur et grand-frère de la MZ – alors que ce dernier se faisait de plus en plus rare. À la manière d’autres éminences grises du rap français, il a su s’effacer au profit de son groupe, allant même jusqu’à ne plus du tout s’exprimer dans les interviews. La rencontre a lieu dans les locaux de Sony Music France. « Je n’ai pas encore mon étage à moi comme Dawala » nous lance Davidson en arrivant, l’air goguenard, mesurant le chemin qu’il lui reste à parcourir avant d’atteindre son ambition.

C’est justement cette ambition que nous voulions aborder avec lui, mais également – et pour mieux la comprendre – son parcours ainsi que les événements qui ont jalonné le chemin de la MZ jusqu’à aujourd’hui.


Auteurs : Antoine Fasné & Gabriel Dlh

Photos : Paul Mesnager


Peux-tu nous parler de ton enfance ?

Je suis né Paris 15ème, j’ai vécu dans le 19ème arrondissement, Métro Laumière, avec ma mère, mon père et mes frères. On habitait dans un 1 pièce, puis on a déménagé dans le 13ème arrondissement, Métro Chevaleret, dans un 2 pièces à 4. Puis on a habité à la cité à Chevaleret, dans un 3 pièces. J’atterris là-bas quand j’ai 10-11 ans. C’est là-bas que j’ai grandi. Je suis né dans une famille pauvre, mon père me battait et battait ma mère. Je ne vais pas me plaindre, c’est ce qui fait ce que je suis aujourd’hui. S’il ne m’avait pas battu, je serais peut être devenu une salope. Malgré les difficultés financières, ma mère a toujours fait preuve de travail, elle se levait tôt et nous montrait l’exemple, même si mon père était absent. Il n’était jamais là et s’en battait les couilles de nous. Elle était notre exemple : on aurait pu plonger dans le deal – ce qu’on a fait un peu mais c’était des conneries. J’ai toujours prôné l’école. Mais je n’ai pas fait de longues études, je me suis arrêté au BTS, j’ai fait un faux diplôme pour pouvoir travailler en tant que comptable (rires). Sachant que mon père nous a abandonnés et que j’ai deux petits frères et ma mère, j’ai un rôle de père et de grand-frère. Et je suis moi même père, je m’occupe seul de ma fille, je vis seul avec elle. J’ai beaucoup de poids sur les épaules. Je me rends compte que je ne dois compter que sur moi même. Il n’y a que ma mère qui m’aide moralement.

Tu écoutais du rap étant jeune ?

L’amour de la musique a toujours été là. C’est peut-être le seul point positif que j’ai de mon père. Il avait beaucoup de vinyles et de cassettes, à la maison il y a toujours eu de grosses baffes. Depuis petit, on écoute toute sorte de son. Ça pouvait aller de The Police à MC Solaar en passant par Ministère A.M.E.R des fois.

Tu n’as jamais voulu rapper ?

Non, jamais. Quand la MZ a commencé, je faisais les ambiances, je criais derrière à la Lil Jon. Mais rapper, ça ne m’intéresse pas du tout.

Au départ, à quoi étais-tu destiné ?

Enfant de pauvre, ma mère galère et compte beaucoup sur moi. Le seul moyen pour moi c’était de devenir riche. Je ne savais pas comment m’y prendre. En vrai, je n’ai aucun talent. Je pensais que ma porte de sortie était l’école, mais non. On ne va pas se mentir, si c’était encore pour travailler à la chaîne comme je faisais quand j’étais aide-comptable… J’ai fait plein de boulots, Mac Donald, manutentionnaire ou chauffeur livreur, bref, je ne me voyais pas garder un salaire de 1200 à 1600 euros.

Tu as dit dans beaucoup d’interviews que sans toi, la MZ n’en serait pas là. Comment les as-tu découvert ? Qu’est ce que tu t’es dit en les découvrant ?

Jok’Air, c’est un mec qui habitait dans mon bâtiment. Il était au collège, et c’était l’époque d’Eminem, 8-Mile et tout ça. Il utilisait Audacity pour se clasher avec ses camarades. Suite à ça, je lui ai payé quelques heures de studio, c’était pour s’amuser, juste comme ça. Après avec ses potes, Hache-P, Dehmo, Loka, Malidor, ils ont fait la Mafia Zeutrei. Au début, je leur payais tout et je leur demandais une cotisation minime.

Ça a commencé avec les skyblogs, puis ça a pris de l’ampleur. On est en 2007-2008. J’étais H-24 derrière l’ordinateur, des nuits entières. Les mecs relou qui mettaient des commentaires en dessous de chaque photo sur les skyblogs, et bien j’étais un mec comme ça (rires). J’étais un mec qui cassait les couilles à chaque personne sur Skyblog. Puis Facebook s’est créé, je cassais les couilles à tout le monde, je marquais tout le monde sur les photos. Sur Twitter, je passais des nuits entières de 20h jusqu’à 6h du mat’ à retweeter tous ceux qui parlaient de la MZ. Un acharné.

Un jour, j’ai croisé un mec qui faisait des pochoirs dans la rue. Il a cru que j’étais de la police, il a commencé à stresser. Je lui ai dit que j’aimais ce qu’il faisait et je lui ai demandé s’il pouvait faire des pochoirs « MZ Music ». J’ai été le premier à faire les pochoirs pour des rappeurs sur Paris. J’allais acheter les bombes, je me levais à 2h du matin, je faisais une location de voiture à Europcar et je bombardais tout Paris : les lycées, les cinémas, les Mac Donald’s… J’appelais Jok’Air, il me suivait, il y avait des fois Chich, Dehmo, mais celui qui m’accompagnait tout le temps, c’était Jok’Air. On a même fini en garde à vue un jour, le lendemain de la naissance de ma fille, le 31 décembre 2013.

Je kiffe ma cité mais de ouf. Au delà de m’occuper de la MZ, tous ceux qui sont autour, j’ai toujours essayé de les placer quelque part, les faire participer à des trucs. M’occuper de la MZ, j’y croyais. Ils n’étaient pas forcément super forts, mais j’y croyais, c’est tout. Jok’Air, c’était le plus pété. Enfin, ce n’était pas le plus mauvais, il avait un style à lui, un rap assez lent, mais que les gens ne comprenaient pas à cette époque là. Moi j’estimais que c’était bon. Ils ont toujours eu leur période, à un moment c’était Dehmo le plus fort, à un autre moment c’était Hache-P, à un moment c’était Malidor, à un autre c’était Rod-K, Zaiko… Ils ont tous eu leur période où ils étaient assez chaud sur tel ou tel morceau. Au début c’était le fouillis, il y avait des couplets de 16 mesures, des 32 mesures, les refrains, c’était des couplets (sourire).

Les gars de la MZ étaient souvent impliqués dans les bagarres de quartier. Mon but, c’était de les divertir et éviter que ça recommence. Aller au studio, faire des clips, m’occuper d’eux sur les réseaux sociaux… Le premier fan, c’était moi. Quand tu kiffes un truc à fond, tu t’y mets à fond. Et j’y ai toujours cru à fond. Leur rôle était de rapper, et moi je gérais tout. La facilité que j’ai eu m’occuper d’eux, ça vient du fait que j’étais coach et arbitre de basket, j’avais cette autorité, pour pouvoir crier et me faire entendre.

Quand j’étais aide-comptable, je voyais trop de rappeurs émerger. J’étais un gros rageux. Mon épaule ne faisait que de se luxer et j’ai du me faire opérer. Quand j’étais à l’hôpital, j’ai du rester allongé pendant une ou deux semaines. Je me disais que je ne pouvais plus aller bosser de 9h à 20h pour une connasse qui me parle mal et pour 1600 euros. Après ça, j’ai décidé de tout arrêter. Tout. À l’époque, j’étais encore avec la mère de ma fille. Elle était véner’ et me disait que j’étais inconscient. Je m’en battais les couilles. Elle me disait : “Avec vos concerts où il y a 3 personnes, tu veux tout arrêter ?”. Je lui ai dit : “Toi, tu vas voir.” Cet été là, j’ai commencé à démarcher Zoxea et Melopheelo en pensant qu’on allait pouvoir faire des trucs concrets. Je ne vais pas cracher sur eux, leur expérience nous a été utile. Je les ai saoulés tout l’été.

Après un mec m’a contacté, c’est François Laforestrie, qui travaillait à l’ancienne avec Générations. Il faisait les démarches avec les maisons de disques pour signer des artistes. Suite à ça, on a signé avec le label Arista. À ce moment là, c’était un flou total, personne ne savait qui était quoi, KDB Zik étaient producteurs et en même temps éditeurs, moi j’étais manager-producteur, François Laforestrie était aussi manager… Au delà de ça tu sais, moi je suis un mec de cité, les trucs contractuels, je m’en battais les couilles. Je voulais juste avoir des gens sérieux autour de moi.

Paul Mesnager

Paul Mesnager

Est-ce que tous ces gens là t’ont apporté une certaine visibilité ?

À voir. Au sein de la musique, quand on parle de KDB Zik, c’est des gens qui sont assez mal vus. Moi par contre, c’est des mecs que je respectais de ouf, et que je respecte de ouf actuellement par rapport à leur carrière avec les Sages Poètes de la Rue. Je les considérais même comme des grand frères, je les défendais tout le temps quand on parlait mal d’eux, j’étais limite même prêt à me battre pour les défendre.

Mais il y a un mot clé avec moi, c’est le travail. Quand tu bosses pas, je te mets à gauche. Le fait de voir qu’ils n’étaient pas autant impliqués que moi ou la MZ en général, ça m’a refroidi. Il n’y a pas eu d’embrouille, ce n’est pas un problème d’argent, c’est juste le travail, ils ne bossaient pas beaucoup. Je prends donc la décision d’arrêter de travailler avec eux, avant même que l’album “Affaire de famille” sorte. C’est des mecs qu’au fond, j’aime bien. C’est juste que j’aurais aimé qu’on se capte, qu’on discute des trucs concrets. Ils étaient sur un contrat d’édition, où tu prends beaucoup d’argent en ne foutant rien. Je leur ai fait comprendre que je ne voulais plus bosser avec eux et du jour au lendemain, ils n’ont plus donné de nouvelles et ont bloqué nos numéros de téléphone.

Hormis ce côté management de la MZ, tu n’as jamais eu d’influence artistique sur le groupe ?

Non. Quand ils étaient au studio et qu’ils rappaient, je fermais ma gueule. Artistiquement, je ne faisais rien. Après quand les morceaux étaient faits, il fallait m’écouter : les visuels, les clips, comment j’allais gérer les réseaux sociaux…

Le seul truc que je leur demandais, c’était de ne pas parler des sujets qui en gros ne nous concernent pas et qui peuvent aboutir à des divisions dans le public. Après, ils pouvaient parler de ce qu’ils voulaient, dire des gros mots, je m’en battais les couilles. Le mot clé qu’on avait, c’était la proximité et le rassemblement.

Ils avaient leur boite email, les beatmakers leur envoyaient des prod’s à chacun. Celui qui avait une idée, un refrain sur la prod, il appelait les autres : « J’ai le refrain sur tel prod’, tiens l’instru, le thème c’est ça et tu fais tant de couplets ».

Et qui avait les idées en général ?

Tu peux rapidement faire le calcul en écoutant tous les projets. Celui qui fait le refrain, c’est celui qui a eu l’idée du morceau. Sinon au sein de la MZ, il n’y a pas de leader. Si on doit dire qu’il y a un chef, c’est moi. Et encore, quand je parle, ce n’est jamais en prenant quelqu’un de haut. J’aime bien le terme de “coach” pour parler de moi : je gère une équipe.

Les clips, c’est toi qui a tout géré ?

Tout. On m’a jamais ramené un clippeur. Je déteste suivre la foule. Je ne vais jamais prendre un réalisateur parce qu’il a du buzz. Je déteste ça. Je découvre les réalisateurs sur les réseaux sociaux, même s’il n’a que 500 vues, je vais le contacter – s’il est fort – pour qu’on bosse ensemble.


« Mon rôle, c’est de hausser le niveau de la musique en France. En France on est frileux. En France, c’est des baltringues »


Le terme “dictature” vient d’où ?

En toute honnêteté, je ne sais même plus qui a commencé à m’appeler la Dictature. La dictature, c’est parce que je suis dur, avec moi même et avec les autres. C’est le métier qui m’a rendu comme ça. À la base, j’étais un mec trop souriant. Je suis un mec, que ça soit à la cité ou bien dans la vie de tous les jours, qui fait confiance à tout le monde. Au bout d’une douille, deux douilles, trois douilles, quatre douilles, et bien je commence à être méchant.

Avant je ne m’étais jamais de lunettes, on m’entendait parler et à force, ça me cassait les couilles, il y a eu trop de gens que j’ai rencontrés dans la musique de 2007 à aujourd’hui qui m’ont énervé et qui m’ont déçu. Suite à ça mon image s’est forgée. Même sur moi, il n’y a que des tatouages de têtes de morts. J’estime que la vie, elle est dure. Et quand j’ai dit dur, ce n’est même pas avec les autres, c’est d’abord avec moi même.

Ma vie, elle est dure : je suis né enfant pauvre, ma mère n’est jamais partie en vacances, elle compte sur moi et mes frères. Au sein de la musique, rien n’est facile, je suis un enfant noir qui vit en France, on me bloque toutes les portes. À estimer que si j’étais blanc – et ça j’en suis sur et certain – ça serait tout bénef’ pour moi. Même au sein de la musique, il n’y a pas de Victoires de la Musique pour les rappeurs noirs. Même à Sony Music, c’est dur d’imposer mon style de musique. Mais je l’impose : MD, je l’impose. Brrr, je l’impose, Bratatata, je l’impose. Je suis toujours en débat avec eux pour imposer notre style.

Mon rôle, c’est de hausser le niveau de la musique en France. En France on est frileux. En France, c’est des baltringues.

C’est là où je suis fier de nous et de moi avec la MZ. La MZ, c’est pas des rappeurs que tu vas mettre dans une case, on a pas essayé de plaire à quelqu’un. On a fait Les Princes, j’aurais pu me dire : « C’est bon, on a un feat avec Nekfeu, on peut faire Skyrock ! ». Mais je m’en bats les couilles. Direct, MD, avec des gros culs dans leurs têtes, boum.

Paul Mesnager

Paul Mesnager

C’est intéressant ce que tu dis. Dans plusieurs interviews de la MZ et même dans certains morceaux, on ressent la volonté de plaire au plus grand nombre et de conquérir la France. Alors qu’en même temps, votre musique est parfois osée et risquée. 

La musique est bien faite. Comment tu expliques qu’une dame comme Mylène Farmer qui chantait du sale, avec parfois des scènes de sexe, passait sur M6, TF1 et qu’elle soit respectée dans toute la France ? Pourquoi moi avec la MZ, je ne peux pas réussir ça ?

Après pour le côté artistique, je peux pas trop en parler, le choix des intrus, c’est Jok’air. Moi je suis assez fou dans la côté visuel ou marketing et Jok’Air est assez fou dans ses choix artistiques. Dans un morceau comme Embrasse Moi – le morceau s’appelle Embrasse Moi – mais tu écoutes les paroles, c’est du sale. Mais en chanté. Plein de morceaux ont l’air assez pop, assez chantés mais les paroles c’est du sale à chaque fois.


« C’était la guerre à chaque fois pour se faire prendre par les programmateurs. Ils ont peur du rap mais surtout, ils ont peur des rappeurs noirs, arabes ou de quartiers »


Pensez-vous pouvoir l’imposer aux « grands médias » ?

Orelsan a fait du sale et ça passe partout. En France les médias ont un problème avec les noirs ou avec les immigrés en général. Il y a un problème. Par exemple, pour Aime Cette Musique, l’idée c’était de mettre des blancs. A l’époque, c’était 1995 qui passaient partout. Ils sont bons, il sont très bons. Mais en tant que mec de cité, tu en deviens frustré. Pourquoi eux passent partout et moi pas ? Moi je ne pleure pas, je bosse. Alors je me suis dit que si je ne mettais que les trois rappeurs, on ne nous calculerait pas. Donc j’ai contacté des vrais supporters de la MZ qui étaient blancs, des bons gars. Je leur ai fait apprendre les textes. Je leur ai demandé qu’on s’immisce dans leur train de vie à eux, leurs appartements, leurs copines. C’est la première fois qu’on est passé sur Booska P et Booba a relayé le clip. Je voulais faire émerger ce débat-là.

Aujourd’hui, on fait des tournées, on est un des groupes qui tournent le plus et comment ça se fait qu’on ne fasse pas de festival ? On a eu zéro dates en festival. Qui sont les rappeurs qui font des festivals ? Georgio, Vald, Nekfeu, Big Flo & Oli, Youssoupha, Kery James, Oxmo… En ce moment, beaucoup d’autres rappeurs font du buzz : Niska, Kaaris, Dosseh, S Pri Noir, Hayce Lemsi, Damso… Et pourquoi voit-on les mêmes à chaque fois dans les festivals ? Nous, la MZ, on faisait salle comble à chaque concert. Et malgré ça, c’était la guerre à chaque fois pour se faire prendre par les programmateurs. Ils ont peur du rap mais surtout, ils ont peur des rappeurs noirs, arabes ou de quartiers. C’est plus simple pour eux d’appeler Big Flo & Oli parce que ça paraît plus sage ou bien Youssoupha dont le message passe mieux.

Voilà aussi pourquoi je kiffe Nekfeu. La phrase qu’il a dit dans Martin Eden, ça m’a apaisé. Quand il dit : “ Fils de pute, bien sûr que c’est plus facile quand t’es blanc”.

Pourtant lui, c’est l’un des symboles de tout ce que tu viens de raconter.

Mais il le sait ! Il l’a dit. Et le fait qu’il le dise, tu kiffes poto. T’es obligé de kiffer. La première fois qu’on passe sur Skyrock, c’est pour Les Princes. Puis on ne passe plus. J’avais la rage. On aurait du être content. Mais pourquoi on ne passe plus après ? Attention, ce morceau on ne l’a pas fait parce qu’il est blanc mais parce qu’il est archi fort et que cette phrase là, a apaisé mon coeur et celui de beaucoup de gens. Ce morceau a ouvert une porte mais dés que le morceau s’est retrouvé obsolète, la porte s’est refermée.

Dès que l’album du S-Crew est sorti (groupe de Nekfeu, ndlr), Les Princes a été viré de la playlist. C’est un morceau de la MZ ou un morceau de Nekfeu ? D’un point de vue extérieur et médiatique, c’est un morceau de Nekfeu.

Le calcul est simple. On est disque d’or, on fait salle comble à chaque concert. Pourquoi on ne passe pas à la radio ? Pourquoi on ne fait pas de festivals ? Pourquoi on a pas plus d’interviews ? Pourquoi personne ne s’est intéressé à nous alors qu’on était les premiers artistes français à faire le Bataclan après les attentats ? Ils étaient où LCI, Le Monde, BFM, Le Parisien ?

Tu parles beaucoup du label Arista. Comment se fait la collaboration avec eux ?

Arista, c’est le label de Sony chez qui on est signés depuis le début de notre aventure en maison de disque, donc 2013. Au début c’était la distrib’ donc ils s’occupaient de mettre les sons sur les plateformes de téléchargement et de streaming puis de mettre le CD dans les bacs. Après on est passé en licence, c’est à dire qu’il y a des budgets promo, affichages, contacts avec les médias,etc… Par contre on est super autonomes sur le côté artistique. Ils veulent parfois proposer des trucs, c’est de bonne volonté mais on estime que c’est bien comme ça. On n’a jamais eu de directeur artistique. Des fois ils ne sont pas vraiment d’accord avec nos choix artistiques, ils demandent à ce qu’on soit un peu plus soft. Pour le moment, je suis satisfait de ma collaboration avec eux, ils font le taf et leur directeur Vincent Boivin me fait confiance. Depuis l’album « La Dictature » j’ai appris à lui faire confiance. J’attends qu’il nous obtienne la playlist Skyrock maintenant.

Et Davidson Presents / La Dictature, c’est un label ?

Oui, c’est un label. C’est moi qui suis signé en direct chez Arista et je propose les artistes dont je m’occupe. Je bosse avec mon co-manager, mon bras droit fidèle Isma, Chich qui est de la même cité que moi, qui est mon pote, mon frère et Jok’Air que je considère comme un petit frère.


« Je suis un jeune producteur, j’ai rien accompli mis à part un disque d’or que je ne considère pas vraiment »


Tous les autres sont partis ?

Je m’occupe de Chich et Jok’Air. Je ne citerai aucun autre nom. Je m’occupe de Chich et Jok’air.

Et tu ne voudrais éventuellement pas signer d’autres artistes plus tard ? 

Peut être. Ce n’est pas signé mais il y a des petits à la cité qui commencent  à rapper. Ils ont leur propre structure mais je compte bien les aider. Mais que je m’en sorte déjà avec les artistes que j’ai aujourd’hui, après je verrai pour les autres. Je suis un jeune producteur, j’ai rien accompli mis à part un disque d’or que je ne considère pas vraiment.

Justement, on va parler des ventes de disques. Selon toi, pourquoi “Affaire de famille” a beaucoup moins marché que “La Dictature” ?

Je te le dis franco, l’album “Affaire de Famille” n’a pas marché parce que j’ai trop écouté mon label en ce qui concerne les délais de sorti. J’avais seulement un mois, un mois pour balancer des clips et pour faire la promo de l’album. J’ai jamais vu ça. J’ai du faire un clip par semaine. J’étais dégouté. À cette époque là, il ne fallait pas me parler, j’étais véner. Artistiquement, tout le monde disait que l’album était lourd. Pour tous les autres volumes avant l’album, je faisais ce que je voulais. Là puisqu’on arrivait à l’album, on m’a conseillé d’écouter un peu. Je n’étais pas confiant, mais j’ai tapé dans la main. Première semaine, je vois les chiffres, j’étais véner’, je pète un cable, j’avais envie de tuer quelqu’un. Le temps qu’on passe au studio pour faire de la bonne musique, le temps et les idées qu’on prend pour faire de beaux clips. Tous ces clips pour faire un score comme ça… Ce que je me dis à ce moment là : le prochain album qui sort s’appelle “La Dictature” et on va faire tout comme je dis, et on va voir comment ça se passe. Après, l’autre raison, c’est que j’étais entouré de personnes qui ne bossaient pas, je parle de KDB Zik. Avant que l’album “Affaire de Famille” sorte, j’avais fait comprendre à Zoxea et Melopheelo que je ne voulais plus bosser avec eux. Après ils ne répondaient plus au téléphone, ils nous ont bloqué… Mais à la base c’était ça.

Alors, pourquoi l’album “La Dictature” a mieux marché ?

Artistiquement, ça n’a pas changé. Ils étaient au studio, ils faisaient ce qu’ils voulaient. J’ai voulu ne plus me tromper dans les choix des sons que je dois mettre en avant. J’ai eu plus de temps donc là où je n’ai pas pu faire d’erreurs, c’est que j’ai fait des séances d’écoutes. J’ai loué une salle à Barbès, j’ai pris 100 supporters que j’ai sélectionnés moi même. Les médias, j’en ai strictement rien à foutre. C’est les supporters qui vont liker, aller en concert et acheter le cd, c’est eux qui me donnent du respect. Pendant la séance, je leur demandais de noter leur son préféré…

Paul Mesnager

Paul Mesnager

(coupe) Tu as marché un peu comme un institut de sondage en fait.

Exactement. En fait les sons, moi je les aime tous. Ce que je leur demande, c’est leur son préféré, c’est juste par rapport à la promo, je ne vais jeter aucun son. Les morceaux qui ressortaient c’était Toi Sur Moi, MD et Les Princes. Il fallait que je fasse un ordre. J’ai d’abord mis Superman car je voulais vraiment qu’il y soit. Je me disais que si je balancais direct le son avec Nekfeu, tout le monde allait bander, j’allais gagner des followers, des médias, tout le monde allait nous sucer la bite bêtement, avant même d’écouter le morceau. Ce qui m’énerve, c’est que des gens m’ont contacté pour me dire que Les Princes était le meilleur morceau qu’on avait fait. Pourquoi ? Parce qu’il y a Nekfeu ? On enlève Nekfeu, ça devient un morceau comme 3.5.7, Ma Substance, Lune de Fiel…. Des morceaux comme Il te fallait, Problème sur l’album, archi lourds, on en parle pas… Parce que les gens c’est des suceurs.

Vous avez finalement terminés disque d’or, même si tu nous disais il y a quelques minutes que tu t’en foutais un peu.

C’est bien, c’est l’aboutissement de toutes les années de 2007 à aujourd’hui, l’acharnement que j’ai eu à ne pas lâcher et à toujours croire en moi et en la MZ, c’est la conclusion. Tous les gens qui n’ont pas cru en moi, qui m’ont mis des bâtons dans les roues… J’aurais pu abandonner il y a bien longtemps, avec les scores du volume 2, du volume 3, 3.5, d’ ”Affaire de Famille”… C’est bien que cela se termine sur un disque d’or. C’est cool pour la MZ, mais moi, j’en ai rien à foutre. Je pourrais peut-être le mettre chez moi et me dire que j’ai réussi à finaliser le groupe dont je me suis occupé pendant 10 ans avec un disque d’or. C’est rien comparé à la place que je dois avoir, et rien par rapport à ce que je peux faire.

L’échec d’ ”Affaire de Famille”, ça m’a tué, je me suis dit : “plus jamais”. Surtout que pour moi la MZ c’est les meilleurs, c’étaient les meilleurs.

Quel bilan tires-tu de l’aventure MZ ?

J’ai fait ce que je voulais.

C’est allé aussi haut que tu le voulais ?

Non, après on est en France poto… Après je ne veux pas avoir ça comme excuse, j’ai fait ce que je voulais. Il y a deux trucs que tu dois bien écrire : il y a faire de la musique pour le public et pour la maison de disque, et la musique que tu fais avec la maison de disque et avec tes propres volontés à toi. Je ne suis pas là pour plaire aux médias, ni au public, le public définit s’il aime bien ou pas, je ne suis là pour plaire à personne.. Le public il est là, qu’on ne passe pas à la télévision ni à la radio, il y a toujours les réseaux sociaux et heureusement.

Quand tu as fait la MZ, tu savais que ça allait avoir une fin ?

Du tout, pour moi c’était une histoire qui allait durer à vie, il n’y avait même pas de fin. Même s’il y aurait eu des solos… J’aurais imaginé Jok’Air faire sa carrière solo, il fait des concerts, et en tournée, la MZ l’aurait suivie.


« Mon rêve, c’est que Jok’Air soit un mythe à la Mylène Farmer »


Aujourd’hui la MZ est séparée. On va refaire un peu la chronologie des évènements, vous avez annoncé l’album “Mafia Zeutrei” en même tant que la séparation et quelques jours plus tard, vous avez annulé la sortie de l’album. La façon dont j’ai analysé les choses, c’est que tu as  toujours été plus proche de Jok’Air, donc au bout d’un moment vous avez senti que ça fonctionnerait mieux à deux, avec Chich en plus…

Tu te trompes complètement (rires). C’est un sujet dont je ne parlerais jamais. Tu peux tout essayer je ne te dirai rien. Ce qui est bien, c’est que chacun peut se faire son idée sur la question, peut se créer son histoire. J’accepte d’avoir le rôle de grand manipulateur et de grand bâtard. Mort de rire.

Quels sont les prochains projets de Jok’Air ?

Je ne peux pas annoncer tous les trucs mais ce que je peux dire, c’est qu’il y aura un EP qui va sortir en février, une mixtape en juin, et un album qui sortira en fin d’année ou début d’année prochaine. Après il y a plusieurs collaborations qui vont arriver, Hayce Lemsi, S-Pri Noir, Mac Tyer, Hyacinthe… après les autres je ne peux pas encore dire (Les morceaux avec Hayce Lemsi et S-Pri Noir sont déjà sortis à l’heure qu’il est, ndlr).

Quelle est l’ambition autour de Jok’Air ? Certains parlent d’un futur Maître Gims, de la prochaine super-star du rap français..

C’est pas à moi de définir ce qu’il sera. Mais en tout cas mes ambitions, et mon rêve, c’est que ça soit un mythe à la Mylène Farmer. On fait de la musique. Quand tu regardes le feat Madame Monsieur / Jok’Air, il ne décrédibilise pas le rap, c’est un rappeur qui a chanté avec des gens de la pop. Le morceau est archi-lourd, les gens étaient d’accord. Il fait du Jok’Air. Il est là pour marquer l’histoire en tant qu’artiste, moi en temps que producteur.

Quel est le rôle de Chich ?

Il suivra Jok’air en tournée tout le temps. Il a aussi ses propres projets, il prépare son “Chich Vol’ 2” qui sortira au mois de mars. Il a un son en featuring avec Jok’Air qui arrive, Il sera sur le prochain EP Jok’air sur un morceau qui s’appelle Squale. Chich c’est un mec qui sera toujours au sein du collectif et je suis en train de démarcher pour qu’il soit chez Arista parce que qu’il n’est pas signé aujourd’hui.

Ça ne va pas être dur de repartir à zéro sans la force de frappe de la MZ ? Rien que si on pense aux réseaux sociaux… 

Je suis pas un frileux moi. Les réseaux sociaux de la MZ, j’ai tout supprimé. J’ai jamais eu peur de repartir de zéro.


« Je préfère quand même l’argent, je veux que ma mère soit bien. Le reste, je m’en bats les couilles. En fait, je m’en bats les couilles  d’être connu »


Les Victoires de la Musique ont eu lieu récemment. Tu verrais bien Jok’Air gagner une Victoire toi ?

Bien sûr, je ne cracherais pas dessus. Mais avant l’argent, ce qui est important, c’est la reconnaissance. Quand les gens reconnaissent ton talent et ton travail, c’est gratifiant. Mais moi je préfère quand même l’argent, je veux que ma mère soit bien. Le reste, je m’en bats les couilles. En fait, je m’en bats les couilles  d’être connu. J’ai ma mère, j’ai ma fille, j’ai mes frères, j’ai mes potes, j’ai la santé… j’ai une grosse bite (rires). Ce qui me manque pour ne manquer de rien, c’est l’oseille. L’argent, c’est la liberté.

Tu parles de ce que tu fais à ta fille ?

Non pas vraiment. Elle est très déconnectée de tout ça. Elle lit des livres. Elle est avec sa grand mère. Elle est dans la Reine des Neige. Elle voit vite fait des trucs. Elle connaît le morceau Les Princes par exemple. Mais elle n’a que trois ans. Et moi au delà de la production, je suis un papa à plein temps avec ma mère qui m’aide quand je ne suis pas là. Je dissocie ma vie professionnelle de la vie que je partage avec ma fille. C’est la dictatrice et il ne faut pas qu’elle ait mon enfance. Je dois la mettre bien. Mon but c’est de la faire rigoler et de la rendre joyeuse tout le temps. En fait le jour, où je me lève un matin, je veux pouvoir prendre un taxi, prendre un avion et aller à Cuba avec ma fille, ça c’est la vie. La vie c’est pas se lever et courir dans les transports, travailler pour quelqu’un qui va mal te parler et mal te payer.

Paul Mesnager

Paul Mesnager

Quels sont tes meilleurs souvenirs jusqu’à maintenant ?

Ce qui est archi lourd c’est de savoir qu’on a fait des salles de concert avec trois personnes dans la salle et qu’à force d’acharnement et de travail, on a rempli des salles partout en France et même à la Réunion. Quand on veut on peut. Depuis tout à l’heure, je suis assez critique sur les maisons de disques et même sur la société. Tu mets tout ça de côté, tu crois en toi, tu travailles et tu atteins tes objectifs. Et encore moi, je suis encore loin de ce que je veux être. Les gens qui m’entourent doivent travailler parfaitement et à plein temps. Isma il a mis sa vie de côté pour m’accompagner à plein temps. Sa vie c’est Jok’Air et Chich, ma vie c’est Jok’Air et Chich.


« Je compte marquer mon époque jusqu’à ma mort »


Quelle est la journée type de Davidson ?

Mon outil de travail c’est mon téléphone Samsung S6. Je suis H-24 sur les réseaux sociaux, je réfléchis à quelle photo je vais poster de Jok’air, quelle phrase je vais mettre. Je casse les couilles au label. Enfin soft quoi, mais “Est ce que ça c’est fait ?, Qu’est ce qui est prévu?” Je casse les couilles aux réalisateurs, je trouve des financement, je vais au studio avec Jok’Air et Isma. À qui je casse les couilles encore ? Au tourneur aussi, le djing aussi, je m’y mets à fond, même pour te dire tout à l’heure, j’ai un cours avec DJ Mist. Je suis un DJ basique, même le nom de DJ c’est trop pour moi. A la base, j’ai appris sur youtube. Pour le moment faire les bruitages, à mettre les sons, les BPM, régler mes retours. Et je vais me mettre aussi à backer pour Jok’Air. Je me prends aussi la tête sur les ventes de casquettes. Je me prends beaucoup la tête sur ma fille aussi, comment je la récupère à l’école, comment je lui fais à manger. Comment je fais faire pour devenir riche? C’est une question que je me pose tous les jours. Quelles sont les nouvelles techniques de promotion ? Vendredi, je sors un clip comment je vais faire pour que ça se diffuse facilement. Quel film je vais aller voir pour me divertir ?.

Et quel film tu vas aller voir ?

Dalida. Tous les films qui parlent du succès d’une personne, j’y vais. Je regarde tous les exemples de réussite. Je ne regarde pas les films d’amour ni les films d’horreur, je m’en bats les couilles. Le film sur Cloclo, c’est le meilleur biopic. Celui sur James Brown est bien aussi, celui sur Nelson Mandela qui m’avait appris l’humilité, aussi. Accepter que l’autre ne t’aime pas et bosser avec lui. Mais pour en revenir à Cloclo c’était un énervé, énervé, rageux et je me reconnais en lui. À un moment il va avec sa meuf voir un concert de Johnny Hallyday à l’Olympia. Sa meuf commence à danser et il chope la rage sur sa meuf puis regarde Hallyday vénère…

Tu votes ?

Je vis dans une cité, ma mère a toujours bossé pour payer le loyer, à manger, nos habits. Maintenant moi et mes frères on lui en ramène. Et que je vote un tel ou un tel, je suis un noir en France. Personne ne me réprésente. J’ai jamais vu quelqu’un prendre la parole où je me suis dit “il a parlé pour nous”. Je ne vote pas, je ne voterai pas. Je ne compte que sur moi même. Je ne veux pas dépendre de leur oseille. Je m’en bats les couilles mais vraiment. Et ils s’en battent les couilles de ma vie, de celle de ma mère, des gens de la cité.

Tu vis toujours à la cité ?

Ma mère oui, moi j’ai déménagé avec ma fille.

Tu aimerais avoir une influence sur la vie de la cité ?

Je l’ai déjà. J’ai toujours voulu montrer le bon exemple à la cité. Je ne suis pas en train de revendiquer le deal, les braquages. Par contre, j’ai toujours voulu montré aux petits de la cité que quand on veut on peut. Avec la MZ, on a un peu réussi. On a fait tout nous même. Les petits ou le tatas m’arrêtent dans la cité, ils sont contents. Et ça me rend heureux.

Certains suivent l’exemple ?

Oui mais nous on a encore du chemin. Je vise beaucoup trop haut. J’aimerais qu’on parle de moi comme…

Kenzy ?

Non, c’est pas un exemple pour moi. Compare moi plutôt à PDD poto. C’est les gens qui me comparaient à Kenzy. Il a fait son époque, c’est bien pour lui. Je n’ai pas vraiment suivi ce qu’il faisait. Il a marqué son époque mais moi je compte marquer mon époque jusqu’à ma mort. C’est le cas pour PDD, Booba, Jay-Z, Cloclo, Dalida. Je ne veux pas d’une carrière en chute libre et un buzz qui remonte après ma mort.

Est-ce que ton objectif de devenir riche est en partie rempli aujourd’hui ?

Il n’est pas rempli, mais c’est en cours. Maintenant c’est à moi d’être sérieux et de croire en ce que je fais. De toutes façons, j’ai toujours cru en ce que je faisais et que ça soit en tant que chauffeur livreur ou à Mac Donald’s, j’ai toujours été le meilleur… Tous les boulots que j’ai fait, j’y ai cru. C’est juste que quand ça m’a saoulé, j’ai arrêté. Maintenant, mon but c’est d’avoir beaucoup d’oseille et je ne m’en cache pas du tout.


« Continuer et tout faire pour que ça ne s’arrête jamais »


Le rêve suprême ?

Faire le stade de France avec Jok’Air et Chich. Continuer et tout faire pour que ça ne s’arrête jamais. Steevie Wonder est bien encore en train de chanter. Il n’y a pas d’âge limite.

 

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