Hassan Monkey : “On essaie de créer un courant musical”

Depuis le début de la décennie et l’arrivée de Nemir sur le devant de la scène, Perpignan existe enfin sur la carte du rap français et le fait bien. À l’heure où le rap s’universalise faisant disparaître les identités locales, l’école catalane nous propose une couleur, une personnalité défendue haut et fort sous la bannière du Perpizoo. De Nemir à Gros Mo en passant par En’Zoo et EveryDayz, cette famille artistique tient en son sein des talents bruts qui ont démontré qu’il fallait la suivre attentivement.

Ami de naissance (ou presque) de Nemir, avec qui il a performé dans le groupe Unité de Valeur, Hassan Monkey a mis plus de temps que son acolyte à démarrer. Nous voulions aborder avec lui ses débuts à La Casa Musicale, son parcours et son avenir pour faire plus ample connaissance. Evidemment, nous parlerons aussi de son premier album, dont le nom Babel, prouve bel est bien que le MC semble décidé à toucher le ciel.


Auteur : Antoine Fasné

Photos : Paul Fauchille


Tu es né et tu as grandi à Perpignan ?

Oui. Au tout début mes parents sont arrivés dans le quartier de Saint Jacques, un quartier du centre-ville, représentatif du vieux Perpignan. J’y ai vécu pendant quelques années et après mes parents ont déménagé tout en restant dans le centre ville, sur le quartier La Real. Ensuite, je suis allé dans un quartier qui s’appelle Saint Mathieu. En fait, j’ai vécu un peu dans les trois quartiers principaux du centre-ville de Perpignan.

Perpignan est une ville assez particulière de part la cohabitation de plusieurs communautés.

Les deux principales communautés que tu as dans les quartiers, ce sont les communautés maghrébines et gitanes. Dans le quartier Saint Jacques par exemple, les deux cohabitent avec plus ou moins d’étincelles. Par exemple, pendant les émeutes de 2005 ça a vraiment pété. À ce moment là une psychose s’était installée, des camps se sont affirmés, des gens se sont montés la tête. C’est l’imaginaire des gens qui fait qu’on tombe dans une espèce de peur de l’autre qui n’a pas lieu d’être.

On cohabite mais les coutumes sont très différentes.  On se connait, on se dit bonjour même si on ne parle pas la même langue. La communauté gitane parle catalan et un peu espagnol. Du coup, on a appris le catalan malgré nous même si on ne le parle pas tous couramment. Mais quand je croise un gitan, il m’arrive de lui dire bonjour en catalan. Il y a une espèce de culture mitoyenne qui se développe. Ils viennent et me disent : « Salam Aleykoum » ou « Wallah » alors que toi quand tu leurs parles, tu leurs dis : « Devant Dieu ». Tu cultives une espèce de dialogue, tu deviens un peu caméléon.

D’ailleurs, petite parenthèse, il faut faire attention à ce qu’on dit ici. Les gitans de Perpignan, ce ne sont pas les tziganes, ni même les manouches, ça n’a rien à voir. Les gitans catalans, c’est vraiment une catégorie à part avec une vraie culture à eux. Eux c’est la rumba, c’est toutes ces musiques latines. Ils ont la musique dans le sang. D’ailleurs, je ne connais aucun gitan arythmique à Perpizoo. 
Comment es-tu rentré dans le mouvement rap ?

C’est le grand frère d’un pote à moi qui m’a mis dedans quand j’avais 11 ans, en me faisant écouter des sons comme le Wu-Tang ou les NTM qui à l’époque, étaient déjà bien installés. C’était vers 1995 donc c’était les années où le pera était à balle. Ça bougeait dans tous les sens et moi cette année là, j’ai tout pris en même temps. Je prenais de grosses claques. On s’est aussi beaucoup influencés de la Fonky Family par la suite. Il y avait une vraie émulation, on a été pris dedans et depuis ça ne s’est jamais arrêté.

Ensuite j’ai eu la chance de rencontrer un gars qui s’appelait Loïs, un Dj qui officie aujourd’hui dans des soirées huppées à Cannes (sourire). Donc il fait partie de ces gars qui m’ont mis le pied à l’étrier. Il avait un studio avec une Atari, il enregistrait avec ça. Il avait un nombre de vinyles incommensurable avec toutes les références qui m’ont construites. C’était un ancien, il doit avoir 50 ballets aujourd’hui.  Il a voulu nous aider à nous développer. À l’époque je roulais avec mon voisin et Loïs qui nous aidait à faire de la scène, à aller un peu plus loin dans le délire. J’ai appris trop de choses grâce à lui.

De là, j’ai monté un petit groupe en binôme avec mon pote. Les groupes pullulaient vraiment à Perpignan à ce moment là. Il en y avait dans chaque quartier mais on était que trois groupes à vraiment sortir du lot.

À quel moment tu rencontres Nemir ?

Quand ma mère est arrivée de France, elle s’est installée dans un petit immeuble de trois étages. Elle habitait au rez-de-chaussée et la mère de Nemir habitait au premier. Elles étaient un peu des compagnons de galère. On est du coup bien plus que des simples amis d’enfance. Tout part de là.

Malgré ça, tu ne commences pas le rap avec lui. 

Non, parce que quand j’ai commencé on n’était plus voisin. On n’était pas ensemble à l’école non plus, on était trop loin l’un de l’autre. Et en plus j’étais très casanier, très enfermé, j’écrivais beaucoup, je bossais beaucoup pour l’école. J’ai eu des parents qui m’ont vraiment incité à performer dans ma scolarité.


« Si tu m’appelais et que je ne répondais pas, t’entendais Guru qui disait “Yeah, it’s Guru from Gang Starr with my man Hassan…” »


Vous avez évolué tous les deux à un moment donné au sein du groupe Unité de Valeur. Peux-tu nous raconter la formation de ce groupe ?

À Perpignan, t’as un lieu qui s’appelle La Casa Musicale, une asso qui s’est montée en 1999 et qui a déménagé dans le lieu où elle est aujourd’hui en 2000. À partir de cette date, on a intégré cette structure puis ils nous ont donné tous les moyens matériels pour pratiquer notre rap dans de bonnes conditions. On avait des box de répétition, les moyens d’enregistrer. C’était pas grand-chose, on enregistrait toujours avec des face B, sur des mini-disques. Mais c’était alors suffisant. Il y avait Nasty qui bossait là-dedans. C’est un ancien lui aussi, il a fait beaucoup de danse, a également fait partie d’un groupe de rap. Il a notamment fait quelques dates avec NTM, MC Solaar. C’est lui qui a récupéré un peu tout le monde donc on s’est tous retrouvés là bas. Aujourd’hui il est sous-directeur de La Place à Paris.

Ce sont des bons souvenirs. On profitait des ateliers d’écriture à la Casa animés par des gars comme Ekoué et Hamé de La Rumeur, pour qui j’ai beaucoup de respect. Des gars comme Demi-Portion ont également pu bénéficier de leurs interventions à Sète. Il y avait une réelle passation des skills d’aînés à petits frères. À cette époque-là, on faisait pas mal de dates. On a eu la chance de partager la scène avec des artistes tels que Casey, Sheryo, La Rumeur, etc…

On a eu cette chance d’être plongé dans le mouvement et de rencontrer plein de monde. Un jour, je me suis même retrouvé dans les loges d’une salle de concert à Marseille avec Gang Starr pour la tournée de l’album « The Ownerz ». Je voulais faire une photo avec Guru et je ne savais pas trop comment faire. À l’époque les téléphone ne possédaient pas d’appareil photo. Guru a donc pris mon téléphone, un petit Sagem tout pourri et m’a refait la messagerie. Si tu m’appelais et que je ne répondais pas, t’entendais Guru qui disait « Yeah, it’s Guru from Gang Starr with my man Hassan…”.

Tu l’as toujours ?

Non je l’ai perdu depuis… (sourire) Mais ça date. Ce sont des souvenirs que t’oublies pas. On a baigné là-dedans et c’est pour ça qu’on en était là au début.

Donc pour en revenir à  la formation de votre groupe avec Nemir.

Dans ce contexte, à la base on a formé Les 7 Piliers Capitaux – à 7 donc – puis Unité de Valeur à 5. Toujours avec cette formation, on s’est finalement retrouvés à trois avec Nemir, Selim et moi. Il y a d’ailleurs un album qui n’est jamais sorti. J’avais un solo qui s’appelait Fuministe et Nemir avait un solo qui s’appelait Ma Méthode. Les deux seuls solos du projet d’ailleurs. Le producteur de l’album était exclusivement Dj Duke d’Assassin. Depuis le début on ne travaillait qu’avec un seul beatmaker, l’exemple c’était GangStarr, c’est comme ça qu’il faut travailler et j’en suis convaincu depuis cette période.

Par contre, l’album ne sortira jamais. Ça fait parti des cadavres qu’on laissera dans le tiroir (sourire). C’est un manque de professionnalisme de notre part de ne pas l’avoir sorti parce que je pense qu’il aurait fait du bruit. Mais ça nous a forgés pour la suite. Finalement, Selim a fait sa vie, Nemir a continué et moi je suis parti à Paris pendant 3 ans. J’ai pas forcément arrêté, je continuais à écrire mais je ne validais rien du tout. Le rap, il y a un début mais il n’y a jamais de fin pour moi,  même si demain je n’en fais plus mon métier, je continuerai à écrire, à produire même si c’est pour les autres ou pour moi-même dans ma chambre.

Comment s’est faite la connexion avec Duke ?

Nasty gérait le groupe Les Disciples basé sur Sète. Adil a quitté le groupe pour former AL & Adil alors que AL bossait avec Duke. Donc Nasty a connu Duke, ils sont devenus potes et Nasty l’a fait intervenir pour les instrus.

Vous faîtes à l’époque une apparition avec Youssoupha sur le morceau Classe Affaire. Comment s’est faite la rencontre ?

J’ai découvert Youss’ dans une compile Rapmag ou Radikal avec un morceau qui s’appelait Lyriciste Bantu. J’avais pris une claque, je me suis dit : « Putain ce mec il a un truc ». Je l’avais défendu aux yeux de tout le monde, les gens à qui j’en parlais le trouvaient pas mal mais sans aucune conviction. Je pensais pas forcément que ça allait péter pour lui mais je trouvais ça vraiment bien. Un ou deux ans après, Youssoupha fait une petite tournée des quartiers dans toute la France. Il a écumé pas mal de scènes en jouant devant des parterres d’une vingtaine de lascars pendant quelques temps. Il trouvait le moyen de financer ça comme il pouvait. Il a vraiment charbonné le gars. Donc finalement, il se retrouve à rapper à Perpignan, on devait être en 2006, dans le quartier du Champs de Mars. C’est Nasty et le PIJ du quartier qui organisaient le concert, avec le soutien de La Casa Musicale. À sa venue, on a sympathisé et il nous dit : « Vas y on fait un morceau ». Ça tombait bien, vu qu’on était en pleine période d’enregistrement de notre projet avec Unité de Valeur. On était avec Dj Duke en studio et Youss’ arrive avec son équipe qui n’était pas exactement la même qu’aujourd’hui. Il était avec S-Pi et Dj Stresh. Donc Duke a composé une instru et on a tous posé. De là est né le morceau Classe Affaire.

À la base le morceau était prévu pour l’album d’Unité de Valeur ?

Ah oui. Et Youssoupha l’a sorti de son plein gré sur sa mixtape avant l’album. On était même pas au courant mais c’était pas plus mal au final sinon ce morceau ne serait jamais sorti. Petite anecdote : c’est une version très crade qui est sortie. Une mise à plat non mixée et j’ai une version beaucoup plus propre dans mon ordi…(écouter le morceau ici, ndlr)

Est-ce que le terme de Perpizoo existait déjà à cette époque ?

Non pas du tout. Perpizoo, c’est une création purement « Némiresque ». Il a appelé ça comme ça parce qu’on parlé beaucoup du Zoo mais ça date de 2010-2011 je crois.

Est-ce qu’il faut faire du rap pour en faire partie ?

Pas du tout. Mon beatmaker Oliver vient de région parisienne mais fait partie de Perpizoo. C’est une estampille, une marque de fabrique, une identité musicale, un sentiment d’appartenance à une nébuleuse artistique. Le gamin qui me parle dans la rue et va me dire : « J’ai écouté ton album, j’ai aimé (ou pas) », un passionné de peura qui adhère à notre état d’esprit est un perpizonard. On se reconnait. La couleur c’est d’être positif à balle, se soutenir les uns les autres, c’est un état d’esprit communautaire mais dans le bon sens du terme. On monte ensemble ou on ne monte pas.

En tout cas dedans, on retrouve toi Nemir, Gros Mo, Carlito…

Alors Carlito en fait partie, c’est la famille, mais il a arrêté le rap je crois. Il n’est plus trop dedans aux dernières nouvelles.

À un moment, il y avait un groupe de gosses qui balançait des freestyle sur internet, c’étaient Les P’tits Boss.

Il y en a un qui s’appelle Sylvain et qui fait encore du rap sous le pseudo de 20syl, un rap ter-ter un peu à sa manière. C’est plus du tout le même rap. Il arrive à cumuler pas mal de vues, il fait des 300 000 des 400 000 donc c’est cool pour lui. Sinon dans le groupe, il y avait Soso et Yacine, les deux ont plus ou moins arrêté je crois. Soso c’est un gars vachement pieux maintenant. Ce sont des choix de vie. Il ne reste plus grand monde de ces petits là. Après il y a d’autres petits qui sont devenus des bonhommes aujourd’hui, Poussière Urbaine (P.U-Clan) par exemple. Il y avait un groupe qui s’appelait La Trêve aussi mais qui vient de se séparer…

On va revenir un peu sur ton parcours perso jusqu’à l’album. Tu nous as dit tout à l’heure que tu étais parti pour étudier et travailler, qu’est ce que tu faisais ?

J’ai fait un master de Droit de l’Action publique à Perpignan et puis je suis allé en Sciences Politiques et Administratives à Paris où j’ai passé un Master de Gestion des Risques. Donc j’ai deux Masters. J’ai la chance d’avoir des parents qui m’ont mis des coups de pied au cul. Quand j’étais à Paris, j’ai bossé dans le domaine de la Sûreté et de l’Intelligence économique pendant presque 2 ans. J’aurais même pu faire l’école du barreau à un moment donné. Mais ce n’est pas la vie que je voulais. Même si t’as une certaine aisance financière t’es pas forcément heureux, tu te lèves pas le matin avec l’envie d’y aller, c’était pas quelque chose qui me faisait kiffer. Donc après je suis rentré à Perpignan et j’ai pris le premier taf qui venait. Je suis rentré en tant qu’agent administratif à la sécurité sociale (rires). J’y suis resté même pas 6 mois, puis j’ai tout arrêté et me suis mis à fond dans le pera. Je donne des ateliers, des stages, etc… J’arrive aujourd’hui à en vivre et ne suis plus que dans la musique.

Donc c’est à ce moment là que tu sors l’EP “Warm Up” et que tu fais le Buzz Booster.

Oui c’est ça. Je voyais aussi comment ça avançait pour Nemir, que ça prenait et ça m’a aussi motivé. Je me suis dit qu’autant d’investissement, autant de temps passé là dedans pour finalement laisser tomber… J’avais un sentiment de frustration et j’ai foncé.

“Warm Up” avait une couleur beaucoup plus dure, beaucoup plus rap que l’album “Babel”. C’est un projet dont tu étais satisfait ? Qui a bien tourné ?

Oui, j’en étais super content. Moi je ne suis pas dans le regret mais vraiment pas. Si demain on me demande le morceau Warm Up sur scène, pas de problème. Ça reste un bon souvenir pour moi. C’est une histoire, chaque morceau est une part de ma vie.


« Si Michael Jackson a pété, c’est parce que son daron lui mettait des coups de pied au cul, pas grâce au Buzz booster (rire). »


Et en 2011 et 2013, tu as fait deux fois le Buzz Booster. Il y a eu une petit embrouille en 2013, tu as fini second alors que tout le monde te voyait gagner (ndlr, Hassan s’est emporté un peu sur le jury après la compétition). Est-ce que tu penses que ça aurait vraiment changé les choses que tu gagnes ?

Nemir l’a gagné en 2010 et c’était la première édition nationale. Il y avait quatre participants. Je pense que gagner le premier, c’était cool mais la suivante je pense que ça avait moins d’intérêt. Après si on le gagnait, ça aurait donné une impression de trucage parce qu’on était de la même équipe que Nemir (rires). Mais c’est vrai que ça laisse un goût amer sur le coup, j’avais taffé à fond. Quand tout le monde vient te voir pour te dire que c’était bien, je pense à des gars comme Lunik et Mic Orni, d’ailleurs je les big up, qui nous ont dit : « Putain les gars c’est quoi ce show on dirait le Barça ? ».

Mais avec le recul, je me dis que soit tu fais de la bonne musique soit tu n’en fais pas. Par exemple si Michael Jackson a pété c’est parce que son daron lui mettait des coups de pied au cul, pas grâce au Buzz booster (rires). Il n’y a aucun gagnant du Buzz Booster qui a percé à part Nemir qui, s’il ne l’a pas encore fait, va percer, c’est indéniable. Parce qu’il a une aura, un support, un soutien de la part des professionnels, des artistes et de toutes les personnes qui fédèrent de l’audimat. C’est cool d’avoir fait tout ce qu’a fait Nemir, d’avoir fait le Buzz Booster, d’avoir sorti ses projets, ses feats même si, si tu regardes bien, il n’a majoritairement buzzé qu’avec des featurings. Je pense qu’il vit une certaine pression pour ses sorties à venir mais c’est une pression positive et j’ai confiance en son talent. 

Qu’est ce que tu as fait sur la période entre 2012 et 2016, entre Warm Up et Babel ?

Entre temps je me suis beaucoup cherché. En fait, j’ai beaucoup souffert des trois ans où j’avais plus ou moins arrêté. Je ne m’étais pas trop cherché musicalement pendant cette période. Donc à la sortie du projet « Warm Up », je me suis posé beaucoup de questions, j’ai tenté beaucoup de choses, j’ai fait beaucoup de tentatives avortées de son et au final je me suis rapproché de quelque chose de beaucoup plus groovy dans le sens où ça représente plus la région où je vis et ce que je suis. Mais réussir à se faire confiance, ce n’est vraiment pas facile. Croire en son truc, oser chanter, avoir les bonnes inspirations, le bon délire…

J’avais sorti le morceau Quelque Part entre temps et ce morceau correspondait à la couleur que je voulais développer, ça groovait déjà un peu plus. Le problème c’est qu’à la sortie de ce track, je me suis rendu compte qu’on faisait quelque chose de beaucoup trop « nemiresque ». C’était En’zoo qui faisait la prod, qui fait aussi les beats de Nemir. Donc d’un commun accord avec En’zoo, on s’est dit qu’on allait prendre nos distances l’un de l’autre, qu’il fallait aller chercher un autre beatmaker pour répondre à mes attentes. Mais c’est toujours mon gars, d’ailleurs j’espère qu’il sera sur le prochain projet. Pendant un an et demi, j’ai cherché un beatmaker à droite à gauche, j’ai rencontré trop de gars, je me suis fait un réseau de malade. Je savais ce que je voulais, j’avais travaillé avec En’zoo donc je ne pouvais pas prendre n’importe qui derrière. Je contacte Dj Stresh dont je te parlais et il me fait rencontrer son cousin qui était Oliver de DrumDreamers. Il m’a parlé de lui parce que son cousin avait gagné les deux seuls fois où il s’est présenté au Beatmaker Contest, une fois en groupe et une fois en solo. J’ai eu l’occasion de voir que c’est un mec hyper respecté dans le milieu du beatmaking. Il avait également signé chez G-Unit Records à un moment donné et a fait un son pour Talib Kweli. Depuis qu’on bosse ensemble, je me sens plus libre musicalement et lui s’est découvert des talents de chanteur alors qu’il ne chantait pas du tout à la base. C’est lui qui fait le refrain sur Revolution.

Tu es arrivé vers lui avec ton univers ?

Je suis arrivé en studio vers lui avec près de 400 samples de reggae, de dub. J’avais ciblé une période de l’histoire du reggae, les années 70. Comme il est musicien, tu peux esquiver le sample, c’est-à-dire que tu peux t’inspirer d’un morceau sans vraiment t’en inspirer et partir dans une direction artistique toute autre. Par exemple, pour le morceau avec Nemir, Peter Pan, à mon sens la track la plus ouverte du disque, c’est une instru inspirée du morceau de Pink Martini, Je ne veux pas travailler. On ne l’a pas samplé, c’est seulement certaines notes qui nous ont inspiré. L’idée était de se casser le cul pour se simplifier la vie par la suite. On s’est beaucoup donné de mal mais à partir de maintenant, on sait comment on va travailler et surtout, avec qui on va travailler. On a tourné une page, on est en train de passer à autre chose. Quand tu fais un premier projet, tu inities des choses que tu ne finis pas et forcément, ce sont des bases hyper solides pour la suite.


« Je pars du principe que si tu me croises dans la rue, je suis exactement le même que sur disque. »


Avant de parler de ce futur, on va rester un peu sur “Babel”. Sur l’arrière de la pochette, tu souris et c’est rare dans le rap français. C’est à l’image du disque qui est très musical, très chantant.

Je vais pas me mentir, je suis comme ça dans la vie de tous les jours. T’as des gens qui sont des nounours mais qui jouent les gangsters. J’ai vu un sketch de Mister V récemment, celui sur le rap. J’étais mort de rire parce que c’est trop ça. Ils sont tous en mode gangster mais dans la vie ils sont normaux. C’est abusé comme les gens se donnent des rôles. Moi je ne m’en donne aucun. Je pars du principe que si tu me croises dans la rue, je suis exactement le même que sur disque. De plus en plus maintenant, je vais arriver sur un clip je vais pas me changer, je vais vraiment essayer de me rapprocher de moi-même. Pour moi c’est ça la quête d’un artiste, c’est aller vers soit. Et dans mon moi intérieur, me rapprocher le plus possible de l’artiste que je veux être. C’est un compromis. Le problème c’est qu’aujourd’hui on a trop tendance à starifier la personne qu’on veut être et moi je ne veux pas du tout. Je veux être humain, me rapprocher des gens. Pour moi un concert c’est un moment de fête où t’oublies tes problèmes, où tu zappes tout. Donc c’est important que ça soit humain et positif.

Ça peut exclure aussi le propos politique. Tu considères que ce n’est pas non plus ton rôle d’artiste ?

Non, moi mon rôle d’artiste, c’est de faire de la musique. Malgré ça j’aurais toujours une petite pique de côté que je placerai de manière sarcastique. Je suis aujourd’hui plus proche d’un gars qui fait un one man show de dérision sur la politique que d’un gars qui va attaquer pleinement un discours. Si tu veux qu’on parle politique, on va parler politique mais si tu veux qu’on fasse de la musique on va faire de la musique. C’est différent, je n’ai pas envie de trop mêler les deux. Si un jour je me fais inviter sur une émission avec Marine Le Pen mais viens on discute Marine, il n’y a pas de problème. Je me préparerai, t’inquiète pas parce que je sais que tu vas te préparer avec ton équipe.

Malgré la positivité, il y a des textes qui restent durs, notamment ce morceau sur les femmes qui je t’avoue, m’a choqué.

J’ai déjà expliqué en interview mais je vais t’expliquer. J’avais 27 ans. C’était une époque où je sortais beaucoup, j’allais souvent dans un bar qui s’appelait le Cosy. Il y avait un espèce de fumoir à l’entrée où tout le monde passait parce que c’était un espèce de passage obligé. Je ressors avec mon verre que je sirotais en attendant quelqu’un. Là, une fille arrive pour me demander du feu alors que j’en avais pas. Elle commence à parler avec moi, on discute et elle rentre dans un espèce de jeu de séduction. On discute vraiment de tout, et à un moment donné, elle commence à vraiment se livrer sur sa life, son visage était aussi marqué que marquant. Elle me raconte qu’elle sort d’une relation qui l’a vraiment marquée, que son ex est rentré de zonz’, qu’il la battait, qu’il l’a mise dans des tournantes, qu’au moment où elle refusait d’avorter il la menaçait de lui mettre des coups de poing dans le ventre, enfin, des trucs de fou ! J’étais choqué autant par ce qu’elle me racontait que parce qu’elle se livrait assez vite. Elle n’avait visiblement pas les même codes que tout le monde là-dessus. Et à un moment, elle me demande mon âge, je lui réponds 27 ans. Elle me regarde et dit : « Putain, on a 10 ans d’écart ! ». Je la regarde je lui fais logiquement : « T’as 37 ans ?? ». Elle me répond : « Mais non t’es con ou quoi, j’en ai 17 ». Là dans ma tête, ça a fait un bond. J’avais une fille en face de moi qui avait vécue 1000 vie et qui n’était même pas majeure.

Donc dans le morceau, je parle d’une catégorie de meuf qui, soit malgré elle soit par volonté, brûlent les étapes. C’est plus un avis bienveillant que de la critique. C’est pour dire : « Faites attention ça existe ». Après je l’ai écrit de manière sarcastique parce que j’aime bien l’exercice de style, le prisme avec lequel j’ai fait ça c’était un délire. Comme je l’ai dit la dernière fois en interview, j’ai fait Bébé donc la prochaine fois je ferai un morceau sur les quadras assoiffés de chair fraîche (sourire).

On trouve aussi le morceau Dans la Foule où tu dis que tu es un peu à l’écart du monde du rap.

Je ne suis pas dans la starification du truc. Je ne fais pas beaucoup de collaborations à part avec des gars avec qui j’ai un vécu. J’aurais très bien pu contacter des gars pour le buzz mais c’était pas trop dans mon intérêt, je me sentirais mal et je pense que le morceau en pâtirait.

Sinon dans ce morceau, je parle un peu de ce personnage, que soit on ne me laissait pas être, ou que soit je n’osais pas être. En fait, quand t’es artiste rap, on t’enferme dans le rap alors que les artistes rap ne doivent pas avoir de limite. Si j’ai envie de slammer, je slamme, si j’ai envie de rapper, je rappe, si je veux chanter, je chante. Il n’y a pas de frontière, c’est ça la base. C’est pour ça que je fais un album avec beaucoup de sonorités reggae. Le rap vient de là, il est né en Jamaïque. Kool Herc est Jamaïcain, Busta Rhymes est Jamaïcain, Pete Rock est Jamaïcain, la plupart des meilleurs artistes rap sont Jamaïcains. Quand un rappeur jamaïcain rappe, ce n’est pas la même chose, il y a une espèce de sonorité dans le langage. Pour moi Busta Rhymes est indétrônable. Le dernier morceau qu’il a fait avec Swizz Beatz, bien que Swizz Beatz y passe inapperçu, est chaud… Plus précisément, disons que je ne fais pas vraiment la différence entre Busta Rhymes et Capleton par exemple.

Ensuite, ce morceau là, c’est le premier morceau que j’ai fait avec Oliver. On est rentrés en studio, il prend un sample, il a rejoué le truc et je me suis mis à chantonner sans même avoir rappé, ça ne m’a inspiré que du chant. De son côté, il balance la mélodie, charleston, caisse claire, grosse caisse, c’était un ping pong permanent entre lui et moi. Il balançait des vibes à droite à gauche entre son piano et son ordinateur, moi je tentais des choses. Et paf… en une journée, le morceau était né, il ne restait plus qu’à faire les arrangements.

Est-ce que dans le rap français, tu vois d’autres exemples d’album de rap, à part le tiens, influencés par le reggae à ce point ?

Non, je ne vois pas… Enfin le seul album influencé à ce point par le reggae, c’était l’album de Sniper. À un moment donné, ils ont fait une tentative dans ce sens là. Ils avaient Blacko avec eux mais c’était autre chose. Ce n’était pas la direction plus groovy qu’on cherche à avoir, c’était plus rap français et plus identifiable par le grand public au niveau des influences. Dans mon album, il y a des références recherchées. On s’est vraiment pris la tête au départ et sur des points que peut-être personne ne calculera. Par exemple, quand un morceau commence, il commence sur la note du morceau d’avant. C’est un voyage. C’est une journée, jusqu’au dernier morceau Sunset.

Pourquoi l’album s’appelle Babel ? 

On voulait l’appeler « Ambition » à la base mais moi en fait la seule ambition que j’ai toujours eu c’était de toucher le ciel et c’est ça le lien avec la Tour de Babel. Mais « Babel » ça recoupe beaucoup d’autres choses aussi. Là d’ailleurs on va entamer une mini-tournée qui va s’appeler « Tour de Babel ». On a besoin des dates pour vendre des disques sur le merch. Quand tu es artiste en développement c’est sur le merch que tu vends des CD, des Tshirts, que tu te fais connaître, que tu augmentes tes likes. C’est comme ça que tu te fais ta base de fans.

Dans une interview, tu parlais de jouer avec des musiciens. Ca sera le cas sur les prochaines dates ?

Non parce qu’on est limité en moyens et les musiciens il faut les payer. Et c’est vrai que c’est un peu frustrant parce que cet album est faisable avec des zicos. A vrai dire, on a déjà une équipe de musiciens prêts à dégainer. Mais il faut les payer, il faut payer les résidences, il faut les déplacer. C’est un trop gros coût pour nous aujourd’hui.


« Nemir fait de moins en moins de rap. Il est parti dans un délire très musical, très ouvert, il prend vraiment des risques musicalement. »


Je voulais te parler du morceau Peter Pan avec Nemir. Je vais être franc avec toi, Nemir n’a rien sorti depuis environ quatre ans à part des feats où il est au refrain en train de chanter. Et moi, même s’il chante très bien, j’aimerais quand même bien l’entendre kicker un peu.

Nemir fait de moins en moins de rap. Il est parti dans un délire très musical, très ouvert, il prend vraiment des risques musicalement. Il gardera certainement les codes du rap, tu auras toujours les placements etc.. Mais tu auras un côté musical beaucoup plus poussé, beaucoup plus recherché avec des sonorités pop, soul ou andalouses par exemples. Son cheminement à lui est bien à part et largement abouti. Il va proposer quelque chose que tu ne retrouves pas chez les artistes rap aujourd’hui. Je pense que 2017 va être son année.

Donc tu confirmes que son album arrive en 2017.

Oui je l’espère et tout le monde va être étonné (rires).

Sur le morceau Dans la Foule, tu dis une phrase sur les majors : « Aucune major, seule mon majeure œuvre comme un vrai label »

J’ai déjà eu une proposition de signature à un moment donné dans une major. Ce que j’ai trouvé dommage c’est que les gens s’intéressaient à nous qu’une fois le projet fini et qu’on avait mis toutes les billes. Au final, ils ne prenaient pas trop de risques sur nous. En échange, on ne bénéficiait pas de grand-chose non plus. Inconvénient que je n’ai pas retrouvé chez PIAS qui nous a largement aidés sur la sortie de ce projet et qui fait son travail de distributeur comme jamais. On est en indépendant avec un distributeur et ça me va bien pour le moment.


« J’aimerais bien moi aussi envoyer un singe à Skyrock (sourire) »


Qu’est ce que tu écoutes en ce moment en rap français ?

J’écoute de moins en moins de rap français. Récemment il y a l’album de Nekfeu qui est vraiment bien, mieux que le précédent d’ailleurs. Il avait mis 4 ans à enregistrer le premier alors que celui-là je crois que ça été super rapide. Il l’a enregistré au Japon je crois.  Il y a une prestation de Nemir dedans donc je ne suis peut être pas trop objectif. Je suis parfois moins fan de son écriture trop poétique mais par contre je suis kiffe les placements, le délire du personnage. C’est un gars hyper positif. Il travaille en famille et ça je kiffe. Le gars n’oublie pas son histoire. Il respecte tout le monde, il a fait un morceau avec Kohndo, avec Dosseh, il est très éclectique. Après, ça a été le mec bankable que tout le monde voulait mais ce que ça veut dire c’est que c’est un mec qui a refusé très peu de feats et moi je trouve ça honorable. J’aimerais que le rap soit plus truffé de Nekfeu. Sur cet album il a eu un peu la même démarche sans interview que PNL, un groupe que je valide tellement aussi. Si je peux me permettre d’avoir cette démarche demain…

Mais nous on fait comment sans interview ?

Non, pas zéro interview mais c’est une démarche où je choisirais les gens à qui je donne des interviews. Aujourd’hui je suis dans une position où si Skyrock me demande de venir, je viendrai. Mais j’aimerais bien moi aussi envoyer un singe à Skyrock (sourire).

D’ailleurs, t’as essayé de les démarcher pour Babel ?

En fait, on a eu un petit souci. Mauvais timing je pense. On a fait la semaine de com’ après la sortie de “Babel” et Skyrock qui ne veut que des exclus qui ne sont pas encore sorties, n’a pas donné de suites à nos échanges. C’est le jeu.

À chaque fois, on a eu des manques de cul pour cette promo. Lors de notre passage sur OKLM on devait faire le freestyle mais comme par hasard le jour où on arrive il n’y a pas de caméraman. On a eu beaucoup de malchance sur cette com. Point positif : j’en tire un grand enseignement.

Tu es satisfait des retours sur “Babel” ?

Oui, pour le moment les retours sont cools mais après moi je suis vachement ambitieux dans ce que je fais et je n’ai pas envie de m’arrêter à ça. J’ai envie d’aller vite. Je vois un mec comme Demi-Portion par exemple, il a sorti énormément de disques. Ce mec est ultra productif. Il est super actif sur internet. Le gars taffe vraiment.


« On essaie de créer un courant musical. »


Tu commençais à aborder la suite tout à l’heure. Est-ce qu’on peut en savoir un peu plus ? Ça arrive quand ?

Ça va arriver très très vite. En 2017 j’espère qu’on sortira un nouvel album.

Tu nous disais que “Babel” avait posé les bases pour la suite. Le prochain projet sera donc avec Oliver ? 

Oui, dans le sens où on s’est auto-proclamés D.A. tous les deux. Après ça sera peut être pas le seul beatmaker du projet (sourire). C’est l’état d’esprit un peu cainri de la production. Je ne me ferme pas à l’idée que des gens viennent m’aider à l’écriture même si je tiens aujourd’hui à préserver cet aspect pour moi parce que je suis un fanatique d’écriture. Mais si je peux brainstormer avec des gens sur des phases, je le ferai sans problème. Et pour les instrus on peut solliciter d’autres beatmakers mais par contre ceux qu’on sollicite devront accepter qu’on modifie certaines choses. Ca sera des collaborations.

Et je peux t’assurer qu’on a les huit beatmakers les meilleurs de France et de Belgique pour le prochain projet et très honnêtement aucun n’a rechigné quand on leur a présenté cette façon de travailler, en général ils m’ont même dit «  mais putain, pourquoi est ce que t’es le premier à penser à ça ? »

Si tu veux savoir comment va fonctionner l’album, tu vas voir l’album d’Anderson Paak  et tu sauras. Il fait partie de nos références avec notamment l’album de Dre, Compton. On a le problème en France d’avoir des crédits très restreints sur les albums, c’est-à-dire qu’à chaque fois t’as tel morceau qui dure tel nombre de temps, feat tel personne avec tel beatmaker à la prod. Alors que là nous en termes de crédit, il y aura beaucoup plus de choses parce qu’il y aura beaucoup plus de cerveaux sur l’album. Pour l’instant, on a 4 ou 5 morceaux de prêts mais on est pas sûr de les garder.

Sur “Warm Up”, j’ai plus fait un effort textuel et sur “Babel” c’était plus un effort musical. Dans mon cheminement artistique j’ai tenté plein de choses et là maintenant, disons que j’ai trouvé dans quoi je vais. Ça va être beaucoup plus actuel et beaucoup plus « moi » je dirais.

Ça sera plus proche de “Babel” que de “Warm Up” ?

Aussi proche l’un que de l’autre. Même si on trouve les projets différents, pour moi il y a une continuité dans les deux donc “Babel” et “Warm Up”, ça va être le papa et la maman de ce qui va arriver. Il y aura de tout, du chant et du rap. En fait on essaie de créer un courant musical. Aujourd’hui t’as des mecs qui arrivent qui font de l’afro-trap par exemple. On veut ramener quelque chose de neuf. La trap est en train de crever, le boom bap est révolu à moins d’être dans le rétro. Il faut vraiment être dans une vibe intemporelle.

Quel est le nom de nouveau genre alors ?

Ah putain je te dirai pas. On a un nom en plus mais c’est mort, tu ne sauras rien. Je veux pas inspirer les gens. Tu le sauras au moment de la sortie du disque. C’est un nouveau délire qu’on a crée et ce qui est bizarre, c’est que personne n’y ait pensé avant.

Un genre reggae-rap ?

Je ne te dirai rien (sourire).

Bientôt des extraits ?

Pas forcément, mais en attendant des freestyles vont sortir. Il y a les Singeries qui vont arriver, on en a déjà sorti une et les autres vont arriver. Il y aura toute une série. Ça s’appelle comme ça en référence à mon blaze. Pour ça, j’ai décidé de faire intervenir des beatmakers que j’affectionne…

 


« J’aimerais juste me dire que je ne regrette rien, que j’ai vraiment vécu mon truc à fond. Je m’en bats les couilles de la popularité. »


À propos de ton blaze, pourquoi as-tu rajouté Monkey ?

C’est quand je discutais avec la distrib’ ou dans l’ensemble des mes rendez-vous pro, la plupart du temps on me disait de rajouter quelque chose en plus d’Hassan. Parce que le problème, c’est que quand tu mets Hassan sur internet, derrière t’aurais plein d’artistes raï. Les rebeu son hyper actifs sur internet quand tu tapes, t’en as à balle. Pour Hamza c’est pareil sauf si tu tapes La Sauce à côté. Je pense que ça deviendra problématique pour lui aussi. Et le Monkey, c’est aussi en référence au Zoo à Perpignan, j’ai l’impression que dans le Perpizoo on a tous une morphologie ou une façon d’être assimilable à un animal. Par exemple Nemir, ça veut dire tigre. En fait j’ai vraiment l’impression qu’on se renvoie tous à un animal quel qu’il soit, représentatif du Zoo. Après c’est vrai que moi, je suis vachement axé sur la civilisation égyptienne. En fait, le dieu du savoir, Thot, est représenté par un ibis la plupart du temps et très rarement par le singe, d’où l’expression le singe savant par exemple. Donc comme j’adore l’écriture, ça collait bien. Il y a plusieurs explications à mon blaze en fait.

Je t’avoue que moi, je t’appelle Hassan.

Tant mieux ! C’est juste pour différencier sur le net. J’ai eu du mal à rajouter un mot après Hassan parce que j’ai toujours défendu l’idée que ma mère ma donné un prénom, je le garde à vie et j’en change pas.

Puisqu’on parle d’ambition, est-ce que tu peux nous dire ce que serait ton rêve dans le rap ? Comment aimerais-tu te voir dans 10 ans ? Est-ce que tu as le rêve d’être très populaire ?

J’aimerais juste me dire que je ne regrette rien, que j’ai vraiment vécu mon truc à fond. Je m’en bats les couilles de la popularité. Ça existe mais ça ne reste pas. Ce qui m’intéresse le plus, c’est ce qui reste, ce qu’on garde. J’aimerais avoir apporté vraiment à la musique. Il y a des gars qui n’ont pas forcément percé de ouf mais qu’on retient dans le pera. Par exemple Fabe, personne ne le connait. Quand j’en parle dans mes ateliers, ils ne savent pas de qui je parle. Faf la Rage aussi. Lui est connu que parce qu’il a fait Gomez et Dubois, mais le Faf la Rage qu’on connait nous, il n’a pas eu l’estime qu’il méritait. Pour moi, C’est ma cause, c’est un classique du rap français. Il est super chaud. Moi je préfère avoir la reconnaissance du milieu que du grand public. Mais si j’arrive à tout avoir c’est très bien. Mais par exemple, demain on ne se souviendra pas de Maître Gims comme on se souvient aujourd’hui de Fabe. Ça ne sera pas pareil. Je peux aussi prendre des exemples que je connais, je pense à Lonnie Liston Smith, c’est un gars qui n’a pas forcément une carrière de ouf mais ce sont des gars qui ont un putain de bagout et même s’ils n’ont pas forcément la carrière à Jackson, ils ont inspiré des mecs comme Jay-Z, Rick Ross ou Joey B4DA$$. L’important pour moi, c’est que les gens se rapportent à ce que tu fais, plus qu’à la carrière que t’as eu parce que t’as été mis en avant par les médias. Parce que malheureusement, les médias choisissent qui va être mis en avant.


Babel toujours disponible ici

Merci à Hassan. 

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